Comment Disney transforme votre nostalgie en milliards un film en live-action à la fois

Découvrez combien la maison de Mickey a récolté depuis qu'elle recycle ses propres chefs-d'œuvre.
par Billy Nilles | Traduit par David K | juil. 23, 2019 07:01Tags
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Un éléphant maltraité avec de grandes oreilles s'envole joyeusement.

Une cuisine prend vie, et chaque ustensile et meuble se met à chanter.

Un gamin des rues et une princesse s'envolent dans les nuages sur un tapis magique.

Un lionceau est tenu dans les airs, et toutes les créatures de la savane se prosternent devant lui.

Pour une génération de spectateurs, il ne fait aucun doute que chacune de ces phrases déclenche des sentiments très forts liés aux moments qu'elles décrivent, chacun rappelant un classique des dessins animés Disney et faisant appel à nos souvenirs. On a presque l'impression d'entendre les chansons correspondantes, n'est-ce pas ? La nostalgie est bien réelle.

Et c'est un sentiment que Walt Disney Pictures — la filiale de production live-action de Walt Disney Studios — fait fructifier depuis l'adaptation en live-action d'Alice au pays des merveilles par Tim Burton en 2010. À sa sortie, le film est devenu le cinquième plus gros succès de tous les temps au box-office mondial avec 1 milliard de recettes, avant de perdre sa place depuis et d'être au 36e rang, sans tenir compte de l'inflation, ce qui montre combien le box-office est impressionnant depuis une décennie. Disney poursuit cette stratégie qui consiste à exploiter ses classiques et à les adapter en live-action avec des budgets colossaux. Avec la sortie la semaine dernière du film Le Roi Lion, on en a presque fini avec les sorties des quatre films en live-action de 2019 qui sont soit des adaptations de classiques soit, dans le cas de Maléfique : le pouvoir du mal, qui sort le 16 octobre, la suite d'une adaptation.

Cela va pourtant à l'encontre de ce que professait Walt Disney lui-même à propos de revisiter des classiques, et quand on lui avait demandé s'il y aurait une suite au court-métrage "Les Trois Petits Cochons" en 1933, le génie de l'innovation aurait déclaré : "Impossible que des cochons fassent mieux que des cochons." (Il finira pourtant par céder et par produire des suites, bien que leurs succès relatifs ne feront que renforcer son idée de chercher des idées originales plutôt que des resucées.) Et ce business économique va certainement à l'encontre du plaidoyer de Jeffrey Katzenberg, le PDG de Walt Disney Studios, qui en 1991 souhaitait développer de nouveaux concepts. "Les gens ne veulent pas voir ce qu'ils ont déjà vu", avait-il écrit dans une note de 28 pages adressée à ses collègues. "Notre travail n'est pas de nous appuyer sur de vieilles formules, mais de créer et développer de nouvelles histoires."

C'est pourtant une stratégie payante qui sied parfaitement à notre époque où reboots et autres spin-offs nous aident à faire le plein de nostalgie. Avec plus de produits de divertissement que jamais, il est parfois difficile de séparer le bon grain de l'ivraie. Quand le public connaît déjà votre produit, ça peut aider. Et lorsque ce produit fait partie du catalogue universellement apprécié du monde des dessins animés Disney, les milliards sont prêts à tomber.

Disney / E! Illustration

Quand Bob Iger, le PDG de Disney, a nommé Sean Bailey président de Walt Disney Pictures en 2010, suivi d'Alan Horn comme président de Walt Disney Studios en 2012, le chemin vers la production de films en live-action tirés des classiques de Disney semblait tout tracé. "On s'est dit que si Iron Man, Thor et Captain America étaient des super-héros Marvel, peut-être qu'Alice, Cendrillon, Mowgli et Belle étaient nos super-héros, et Cruella et Maléfique nos super-méchants", avait déclaré Sean Bailey à Vulture en 2017. "Si on arrive à faire en sorte que les gens retrouvent cette affinité avec nos personnages en utilisant les plus grands talents et les meilleures technologies, ça pourrait donner quelque chose de très excitant. C'est très Disney d'utiliser nos avantages face à la compétition."

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Ce choix d'adapter le catalogue Disney en live-action ne semble pas près de s'arrêter — après les quatre sorties de cette année, dont Dumbo en mars et Aladdin en mai, puisque les milléniaux du monde entier attendent avec beaucoup d'impatience les adaptations de Mulan, La Belle et le Clochard, Lilo & Stitch et La Petite Sirène, qui sont à différents stades de production, pour 2020 et après — du moins jusqu'à ce qu'ils rebootent les 56 classiques de l'animation et que la maison de Mickey n'ait plus de films originaux à reproduire.

En 2017, Sean Bailey avait précisé à Vulture que le studio avait fixé des limites sur les films de leur catalogue prêts à être adaptés et ceux qui étaient trop récents car produits autour de l'an 2000. "On ne regarde pas ce qui est très récent, [tout] ce qui donne l'impression de faire partie des dessins animés d'aujourd'hui de Disney." Et pourtant l'annonce en 2018 du reboot de Lilo & Stitch semble remettre ce principe en question (l'original est sorti en 2002.)

Quoi qu'il en soit, Sean Bailey ne semble pas vouloir limiter le studio concernant ce qui peut être adapté ou non. Quand The Hollywood Reporter lui a demandé en décembre 2018 jusqu'où il était prêt à piocher dans le catalogue Disney, il a répondu qu'il ne savait pas exactement : "Je ne sais pas parce qu'il se pourrait qu'on entende une proposition qui nous enthousiasme. Prenez Maléfique, par exemple. C'est un personnage qui a jeté un sort à un bébé parce qu'elle n'a pas été invitée à une fête, et on s'est dit : « C'est intéressant. » On en a fait un film, et maintenant, on en fait un autre. On continuera, je l'espère, à trouver des projets intéressants et inattendus."

Et si les dollars continuent de s'amasser, pourquoi pas ? Depuis Alice en 2010, les neuf adaptations en live-action sorties par Disney ont engrangé plus de 6 milliards de dollars dans le monde.

Le Roi Lion rugit au cinéma depuis le 17 juillet et sera suivi de Maléfique : le pouvoir du mal, le 16 octobre.