Harvey Weinstein

Dave J Hogan/Dave J Hogan/Getty Images

Harvey Weinstein aurait embauché des espions pour tenter de mettre un terme aux publications concernant ses présumées agressions sexuelles, d'après un nouvel article de Ronan Farrow. Weinstein estime que ses nouvelles allégations sont de la "fiction".

D'après une enquête publiée dans le New Yorker, le producteur hollywoodien en disgrâce aurait embauché des agences de renseignements privées, dont Black Cube, pour chercher des informations sur ses accusatrices. 

"C'est une fiction de suggérer que des individus aient pu être visés ou muselés", a déclaré le porte-parole de Weinstein au New Yorker

Depuis l'article précédent de Ronan Farrow dans le New Yorker et le reportage de Jodi Kantor et Megan Twohey dans le New York Times le mois dernier, de nombreuses actrices à Hollywood ont accusé publiquement Weinstein de comportements sexuels abusifs, d'agressions sexuelles et de viol, parmi lesquelles Rose McGowan. En réponse aux allégations, le porte-parole du producteur a déclaré : "Toutes les allégations de rapport sexuel non consensuel sont catégoriquement rejetées par M. Weinstein."

Pourtant, d'après la dernière enquête de Ronan Farrow, Weinstein aurait utilisé des espions pour collecter des informations, afin d'éviter que de telles allégations soient publiées. Au cours d'un autre communiqué adressé au New Yorker, le porte-parole de Weinstein a expliqué qu'il y avait "beaucoup d'inexactitudes et de théories du complot fantaisistes dans cet article".

Parmi les techniques employées, une enquêtrice privée sous le nom d'emprunt "Diana Filip" aurait contacté Rose McGowan, prétendant travailler pour une société de gestion du patrimoine et avoir un projet de lutte contre la discrimination des femmes au travail. 

Prétextant vouloir embaucher l'actrice pour qu'elle s'exprime lors d'un prochain gala, les deux femmes se seraient rencontrées et auraient continué à correspondre. Mais selon les sources de Ronan Farrow, "Diana Filip" était en fait un officier des forces de défense israélienne et travaillait comme agent de Black Cube. D'après l'article, quand Ronan Farrow a montré une photo de l'agent à l'actrice, elle l'a reconnue en tant que "Diana Philip". Le journaliste a expliqué avoir été contacté via e-mail par l'agent israélien Filip une semaine après que Rose McGowan eut mentionné lui avoir parlé pour son article, mais il n'a pas répondu au message. Le portable de l'agent a depuis été coupé ainsi que le site Web de sa société, rapporte-t-il.

Rose McGowan

AP Photo/Paul Sancya

"Pourquoi n'avons-nous pas, moi, @rosemcgowan, @RoArquette @AnnabellSciorra parlé plus tôt ? Nous étions suivies par d'anciens agents du Mossad. Est-ce que c'est terrifiant ? Absolument", a tweeté Asia Argento après la publication de l'article de Ronan Farrow. 

Apparemment, les espions ne se sont pas contentés de cibler les actrices accusatrices, mais ont aussi pris pour cible les journalistes qui enquêtaient sur leurs histoires. En plus de Ronan Farrow, Ben Wallace du magazine New York, a déclaré avoir été contacté par la même femme et l'avoir rencontrée, femme qui a prétendu s'appeler Anna et avoir des allégations à l'encontre de Weinstein. D'après les sources de Ronan Farrow, la femme en question aurait également envoyé des e-mails à Jodi Kantor. 

Dans un communiqué adressé à E! News, Black Cube explique : "Black Cube a pour politique de ne jamais parler de ses clients avec une tierce partie et de ne jamais confirmer ou infirmer des spéculations concernant le travail de sa société. Black Cube soutient le travail de nombreux cabinets juridiques à travers le monde, surtout aux États-Unis, et rassemble des preuves dans des processus complexes juridiques, y compris des litiges commerciaux et des campagnes d'information négatives... Il faut souligner que Black Cube applique des standards élevés dans son travail et opère en accord total avec la loi en vigueur dans le lieu où elle opère, en suivant à la lettre les avis et directives juridiques fournis par les plus grands cabinets juridiques à travers le monde."

D'après l'enquête de Ronan Farrow, le contrat de cette société spécifiait que tout son travail serait obtenu "par des moyens légaux en accord avec toutes les lois et les règlements applicables".

D'après l'enquête, David Boies, qui a été un des avocats de Weinstein et dont le cabinet défendait le New York Times, a confirmé à Ronan Farrow que son cabinet avait payé deux de ces agences. Cependant, il a ajouté qu'il "n'a pas lui-même sélectionné ses agences ou dirigé le travail des enquêteurs". "Nous n'aurions pas dû embaucher et payer des enquêteurs que nous n'avions pas sélectionnés et dirigés", a-t-il précisé au journaliste. "À l'époque, cela semblait être un aménagement raisonnable pour un client, mais cela avait été mal pensé, et c'était une erreur. Ce fut une erreur à l'époque."

David Boies a de plus expliqué à Ronan Farrow qu'il avait prévenu Weinstein "que cette histoire ne pouvait pas être arrêtée par des menaces et des jeux d'influence et que la seule façon d'y mettre un terme était de convaincre le Times qu'il n'y avait pas de viol... Si des preuves pouvaient être trouvées pour convaincre le Times que les accusations ne devraient pas être publiées, je ne pensais pas, et je ne pense pas, que ça aurait été contraire à l'intérêt du Times."

L'avocat a justifié ses actions dans un communiqué : "À l'époque, on m'avait dit qu'embaucher des enquêteurs privés avait pour but de vérifier ce dont l'actrice accusait précisément M. Weinstein d'avoir fait, et quand, et d'essayer de trouver des faits prouvant que les accusations étaient fausses et ainsi mettre un terme à cette histoire. Je n'ai pas personnellement (ni le cabinet) sélectionné les enquêteurs (l'un d'entre eux au moins avait déjà été utilisé par M. Weinstein) ou dirigé leur travail ; ce fut le cas de M. Weinstein et de son autre avocat."

David Boies poursuit : "Si j'avais su à l'époque que ce contrat allait être utilisé pour les services que je comprends maintenant, je ne l'aurais jamais signé ou je n'aurais jamais fait en sorte d'y être associé dans ce but. J'ai consacré une grande partie de ma carrière à donner une voix à ceux qui n'en ont pas et à protéger le droit des femmes et autres victimes d'oppression. Je n'aurais jamais participé en connaissance de cause à un effort d'intimidation ou de mise sous silence de femmes ou de qui que ce soit d'autre, y compris la conduite décrite dans l'article du New Yorker. Je ne suis pas ce genre de personne."

D'après l'article, Weinstein aurait de plus "recruté" des journalistes comme Dylan Howard, responsable du contenu d'American Media Inc., à qui l'on doit le National Enquirer, pour obtenir des informations sur les accusatrices du producteur. Dylan Howard aurait ainsi partagé avec lui des renseignements de l'un de ses journalistes qui aurait appelé Elizabeth Avellan, une ex-femme du réalisateur Robert Rodriguez. Ce dernier avait lui-même été en couple avec Rose McGowan. Comme Elizabeth Avellan a raconté à Ronan Farrow, le journaliste aurait "insisté" pour qu'elle fasse des commentaires peu flatteurs sur l'actrice, aurait enregistré la conversation, avant que Dylan Howard n'en parle à Weinstein. 

Harvey Weinstein

Richard Shotwell/Invision/AP

En réponse à l'article, Dylan Howard, qui gérait précédemment un accord de production de télévision avec Weinstein, a déclaré dans un communiqué adressé au New Yorker : "En l'absence d'une décision de mettre un terme à l'accord passé avec la Weinstein Company, j'étais dans l'obligation de protéger les intérêts d'AMI en cherchant, pas en publiant, des informations véridiques sur des gens au sujet desquels M. Weinstein estimait qu'ils mentaient à son égard. Je suis allé jusqu'à fournir des informations « officieuses » à M. Weinstein à propos de l'une de ses accusatrices, à un moment où M. Weinstein niait tout harcèlement à l'encontre d'une femme. C'était une information que je n'aurais jamais permis à AMI de publier sur Internet ou dans des magazines."

"J'ai toujours séparé avec soin et complètement mes deux rôles, et j'ai résisté aux efforts répétés de M. Weinstein pour publier des articles en sa faveur par une des publications d'AMI ou des articles négatifs sur ses accusatrices", a ajouté Dylan Howard dans son communiqué. 

Le porte-parole de Weinstein a ajouté au magazine : "Eu égard à M. Howard, il a servi de contact dans la relation d'affaires de longue date d'American Media avec la Weinstein Company. Au cours de cette année, M. Weinstein a donné à M. Howard une information que ce dernier a reconnu comme pouvant être un bon article. M. Howard a utilisé l'information à laquelle il a donné suite pour faire plaisir à M. Weinstein, mais a décliné de publier l'article."

D'après l'article, des sociétés ont compilé des photos du producteur avec ces accusatrices, ainsi que des profils détaillés des femmes et des journalistes rapportant leurs histoires, y compris des détails personnels qui pourraient les discréditer. 

De plus, Weinstein aurait utilisé d'anciens employés, Pamela Lubell et Denise Doyle Chambers, pour établir des listes de collègues que les enquêteurs pourraient utiliser pour déterminer s'il y avait d'autres accusatrices. Denise Doyle Chambers a refusé une interview avec Ronan Farrow, mais Pamela Lubell lui a expliqué qu'elle était en train de présenter une application à Weinstein quand celui-ci lui a demandé d'écrire un livre sur Miramax, sa société de production.

Pour ce faire, Weinstein l'aurait enjoint à dresser une liste des employés et à les contacter. Par la suite, le producteur aurait déclaré mettre le livre en suspens, mais souhaitait tout de même que Denise Doyle Chambers contacte les gens sur la liste pour voir s'ils avaient été eux-mêmes en contact avec la presse. Début septembre, Weinstein leur aurait demandé d'appeler des gens liés aux actrices. "Nous ne connaissions pas ces personnes, et tout d'un coup, la situation est devenue très différente de ce que nous avions convenu", a-t-elle rapporté à Ronan Farrow. 

"Toutes les « listes » préparées contenaient des noms d'anciens employés et d'autres personnes utiles pour la recherche et la préparation d'un ouvrage sur Miramax", a déclaré le porte-parole de Weinstein au New Yorker. "D'anciens employés qui faisaient des interviews pour le livre ont été contactés par les médias sans en avoir fait la demande."

Dans un tweet publié mardi, quelques heures après la publication du nouvel article de Ronan Farrow, Rose McGowan a écrit : "Voici ma déclaration officielle : REGARDEZ LA P--AIN DE FACE DE PORC DU MEC."

Découvrez l'intégralité de l'article du New Yorker ici.

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