Time's Up Feature, 2018 Golden Globes

Les Golden Globes sont toujours une fête. Mais si les blagues ont fusé, si le champagne a coulé à flots et que le cinéma, la télévision et le talent ont été célébrés, la soirée était bien plus encore.

Avant que quiconque ait foulé le tapis rouge, la conversation avait déjà commencé et toutes les stars présentes voulaient s'assurer qu'elle ne concerne pas que le tapis rouge ou Hollywood, mais surtout qu'elle ne se termine pas après la cérémonie.

Comme prévu, les Golden Globes 2018 ont servi de tremplin idéal au mouvement Time's Up, créé il y a tout juste quelques semaines et déjà approuvé par des centaines de grands noms à Hollywood en réponse aux hommes et aux femmes de tous les horizons qui ont partagé leur expérience ces derniers mois sur le fait d'avoir été harcelés, agressés sexuellement ou maltraités.

Enfant spontané du mouvement Me Too créé en 2010 par Tarana Burke et revigoré sur les réseaux sociaux en octobre par Alyssa Milano, après qu'Harvey Weinstein a été rattrapé par des décennies de comportements abusifs, Time's Up s'est fait remarquer visuellement aux Golden Globes avec cette "ligne épaisse noire", comme l'appelle Meryl Streep, composée de stars qui ont choisi de porter du noir en signe de solidarité, entre elles et aussi avec tous ceux qui méritent d'être traités avec dignité et respect, mais qui souffrent en silence en se sentant honteux depuis trop longtemps.

Avant la cérémonie, un certain nombre de personnalités présentes dimanche soir ont posté des messages avec le #WhyWeWearBlack (PourquoiNousPortonsDuNoir) et une image d'eux portant un T-shirt Time's Up.

Alison Brie, nominée dans la catégorie Meilleure actrice dans une série comique pour son rôle dans GLOW, a expliqué à E! News sur le tapis rouge que si la parade de robes, combinaisons-pantalons et tenues noires pouvait sembler morne, le résultat était tout le contraire. "L'atmosphère ici est plutôt à la célébration", a-t-elle précisé. "Ça donne beaucoup de pouvoir."

Huit stars étaient particulièrement heureuses de présenter leurs cavalières cette année, des militantes de diverses causes qui ont dévoué leur vie à créer des opportunités pour les femmes et permettre une égalité de traitement.

Mariah Carey, America Ferrera, Natalie Portman, Emma Stone, Billie Jean King, 2018 Golden Globes

Frederick M. Brown/Getty Images

Emma Stone, nominée comme Meilleure actrice dans une comédie ou une comédie musicale pour sa performance de Billie Jean King dans Battle of the Sexes, a arpenté le tapis rouge avec précisément la légende du tennis, qui a toujours été une ardente militante pour les droits des femmes dans le sport et de la communauté LGBT. 

"Je crois que c'est un pas à la fois", a expliqué la joueuse de tennis à People à propos du bouleversement qui a mis des années à se mettre en place et qui est en train de tout balayer. "Chaque génération doit se battre pour l'égalité et maintenant, c'est au tour d'Emma avec sa génération. Et c'est très bien de porter du noir ce soir. Il le faut vraiment. Il faut que ça cesse, il faut que ça cesse maintenant. Il faut tous s'entraider, tous sexes confondus."

Tarana Burke, la créatrice de #MeToo a servi de cavalière à Michelle Williams et a déclaré être "profondément humble" en voyant le mouvement qu'elle a fondé il y a huit ans se manifester de cette manière. "C'est quelque chose que j'ai commencé par nécessité et que j'estimais nécessaire pour ma communauté et ça s'est développé au fil des ans, mais je ne pensais pas que ça grandirait à ce point", a-t-elle expliqué à E! News. "Ce moment est très fort, car nous assistons à une collaboration entre deux mondes qu'on voit rarement ensemble et que certains voudraient voir s'opposer. Donc, c'est un grand moment d'être sur le tapis rouge ce soir."

Sadie Sink, Finn Wolfhard, Gaten Matarazzo, Caleb McLaughlin, Noah Schnapp, 2018 Golden Globes

Christopher Polk/NBC/NBCU Photo Bank via Getty Images

Hormis les femmes, de nombreux hommes, dont les jeunes acteurs de Stranger Things en passant par Justin Timberlakeet Armie Hammer, ont porté le pin's Time's Up. 

Les stars qui n'étaient pas présentes dimanche soir ont également soutenu le mouvement via les réseaux sociaux. Anne Hathaway a posté une photo d'elle dans une robe noire bien qu'elle ait la grippe. Gabrielle Union a utilisé les hasthtags #TimesUp, #WhyWeWearBlack et #MeToo pour révéler avec émotion que cette année marque le 25e anniversaire de son viol et pour exprimer son souhait qu'on ne puisse pas revenir en arrière.

"Ensemble, on peut regrouper les voix des plus marginaux d'entre nous", a-t-elle écrit pour accompagner un selfie avec un hoodie noir. "Ensemble, on peut reconnaître que le jeu a assez duré et qu'il est GRAND TEMPS pour un changement en profondeur."

La cérémonie n'a pas eu peur d'évoquer les sujets les plus brûlants du moment, bien que la politique à Washington soit passée pour une fois au second plan lors du monologue du maître de cérémonie, Seth Meyers. Mais en dépit du côté sérieux du discours, l'ambiance dans la salle du Beverly Hilton était festive, joyeuse et très optimiste.

"On a dit à beaucoup d'entre nous de ne pas cancaner", a déclaré Laura Dern, Golden Globe de la Meilleure actrice dans un rôle secondaire dans une série ou un film pour Big Little Lies, où elle joue une mère dont la fille se fait harceler et qui a peur de donner l'identité du responsable, en acceptant son trophée. "C'était une culture du silence et c'était la norme. Je vous invite tous non seulement à soutenir les survivants et les témoins qui ont eu le courage de raconter leur vérité, mais à aussi promouvoir la justice réparatrice pour les protéger et les employer. Puissions-nous apprendre à nos enfants à s'exprimer, sans craintes de représailles, et que ça devienne notre nouveau guide."

La soirée a eu son lot d'humour, surtout du côté du présentateur, même s'il y en a eu beaucoup moins que d'habitude, quand on sait que les Golden Globes sont réputés pour ses moments spontanés, facilités par la présence d'alcool.

"Bienvenue, Mesdames et aux messieurs qui restent", a ainsi commence Seth Meyers, avant d'ajouter que pour "la première fois depuis trois mois, ce ne sera pas terrifiant d'entendre son nom lu à haute voix".

Ce fut en effet trois mois longs mais nécessaires, au cours desquels des femmes ont raconté leurs histoires et qu'un homme célèbre après l'autre a été accusé de s'être mal comporté avec des femmes et des hommes. La nomination de Christopher Plummer dans la catégorie Meilleur acteur dans un second rôle nous a rappelé combien la machine à Hollywood qui a su si bien cacher la vérité savait aussi utiliser son pouvoir à bon escient. Après qu'Anthony Rapp a accusé Kevin Spacey de lui avoir fait des avances sexuelles alors qu'il n'avait que 14 ans, et des membres du tournage de House of Cards ont accusé Spacey de harcèlement et d'intimidation sur le plateau, Ridley Scott a retiré le rôle de de J. Paul Getty dans Tout l'argent du monde, qui était déjà fini, à Spacey avant de le remplacer par Christopher Plummer.

Au début de la cérémonie, Meher Tatna, la présidente de la Hollywood Foreign Press Association, a annoncé que l'organisation offrirait une bourse d'1 million de dollars au Consortium International des Journalistes d'Investigation et au Comité de la protection des journalistes, pour aider "à défendre les droits des journalistes à rapporter les nouvelles sans avoir peur des représailles". Les journalistes du New York Times et le New Yorker qui ont mis en avant les allégations à l'encontre d'Harvey Weinstein ont évoqué les techniques d'intimidation utilisées contre eux pour les empêcher de publier leurs articles. Et la liberté de la presse n'a pas été un sujet de discussion violent depuis des années.

Avoir choisi Oprah Winfrey pour recevoir le prix Cecil B. DeMille était la garantie que le public serait captivé et qu'il irait jusqu'à se lever trois fois, en écoutant la voix puissante de cette femme accomplie qui n'a jamais eu peur de la vérité et qui n'allait pas tirer la couverture à elle, mais qui allait aborder notre époque, les voies ouvertes pour en arriver là, la douleur de ceux qui en ont souffert et combien il est impératif de ne pas faire machine arrière.

Oprah Winfrey, 2018 Golden Globes, Winners

Paul Drinkwater/NBC

"Nous savons tous que la presse est attaquée en ce moment, mais nous savons également que l'insatiable besoin de découvrir la liberté nous empêche de fermer les yeux sur la corruption et l'injustice, les tyrans et les victimes, les secrets et les mensonges", a déclaré Oprah Winfrey en remerciant la HFPA, souvent raillée pour son côté impénétrable, mais qui, au final, est une association de journalistes. "Je crois en la presse plus que jamais à mesure que nous essayons de trouver notre chemin pendant cette période difficile, ce qui m'amène à dire ceci : ce dont je suis sûre, c'est que dire sa vérité est l'outil le plus puissant à sa disposition. Je suis fière en particulier de toutes les femmes qui se sont senties assez fortes et encouragées pour parler et partager leurs histoires personnelles."

"Chacun d'entre nous est célébré grâce aux histoires qu'on raconte. Et cette année, nous sommes devenus l'histoire. Mais il ne s'agit pas que des histoires qui touchent notre milieu. Elles transcendent la culture, la géographie, la race, la religion, la politique et le travail."

Et c'est là l'intention de Time's Up d'apporter des changements dans tous les milieux professionnels, en dépassant les différences culturelles, économiques et politiques. Près de 15 millions de dollars ont déjà été récoltés pour le fonds de défense du mouvement, pour les femmes en col bleu et dans l'industrie des services et qui pensent ne pas avoir les moyens de parler ou de riposter.

"Pendant trop longtemps, les femmes n'ont pas été entendues, crues quand elles osaient raconteur leur vérité concernant le pouvoir de ces hommes", a poursuivi Oprah Winfrey. Elle a ajouté avec une voix inspirée : "Mais leur heure a sonné. Leur heure a sonné !" Et toute l'assistance s'est levée.

"Je veux que toutes les filles qui regardent ici et maintenant sachent qu'un nouveau jour approche !", a-t-elle conclu. "Et quand ce nouveau jour arrivera enfin, ce sera parce que beaucoup de femmes impressionnantes, dont beaucoup sont ici dans cette salle ce soir, et des hommes formidables se battent bec et ongles pour être sûr de devenirs des leaders dans une époque où personne n'aura plus jamais à dire « me too » !"

Personne ne pouvait livrer un tel message mieux qu'Oprah Winfrey.

Sans pause publicitaire, Ron Howard a reconnu qu'il était difficile de passer après Oprah, pour annoncer le prix du Meilleur réalisateur.

Frances McDormand, 2018 Golden Globes, Winners

Paul Drinkwater/NBC

Natalie Portman, co-remettante du trophée, en a profité pour laisser sa marque avec une remarque bien sentie : "Et voici les nominés, tous masculins", une petite pique à l'encontre de l'Association pour avoir snobé Greta Gerwig, la réalisatrice de Lady Bird, et Patty Jenkins pour Wonder Woman, parmi toutes celles qui auraient mérité une nomination. 

Personne ne prétend qu'Hollywood a trouvé la formule magique, mais placer davantage de femmes aux postes à responsabilité, leur donner plus de films à réaliser et produire, produire plus de leurs scénarios et qu'elles participent à davantage de conseils d'administration est un des buts qui a été abordé dimanche soir.

"Je garde mes opinions politiques pour moi, mais quel plaisir d'être dans cette salle ce soir, de faire partie d'un changement techtonique de la structure de notre milieu", a déclaré Frances McDormand, Meilleure actrice dans un film dramatique, 3 Billboards : les panneaux de la vengeance, dans ses remerciements (même si elle a applaudi la HFPA d'avoir élu à sa tête une femme). "Croyez-moi, les femmes ici ce soir ne sont pas là pour la nourriture. Nous sommes ici pour le travail, merci."

Barbra Streisand a suivi, pour clôturer la soirée en décernant le prix du Meilleur film dramatique à 3 Billboards, les panneaux de la vengeance. En tant que seule femme a avoir remporté le Golden Globe du Meilleur réalisateur pour Yentl en 1984, elle s'est étonnée qu'aucune autre femme ne l'ait encore rejointe.

"C'était il y a 34 ans ? Alors, l'heure est venue !", a déclaré la chanteuse, qui est arrivée sous une standing ovation. "Nous avons besoin de réalisatrices et que d'autres femmes soient nominées dans la catégorie Meilleur réalisateur. Il y a tellement de bons films réalisés par des femmes. Je suis très fière d'être dans une salle avec des gens qui luttent contre l'inégalité entre les sexes, le harcèlement sexuel et la mesquinerie qui a gagné en politique, et je suis fière que notre milieu, face à des vérités gênantes, ait juré de changer sa manière de fonctionner.

"La vérité est puissante et dans un bon film, on reconnaît la vérité sur nous-mêmes, et les autres, à tel point que ça peut même faire changer d'avis les gens, les toucher, voire même changer la société."

Une voix à la fois, les femmes derrière Time's Up sont en train de montrer qu'un vrai changement est possible.

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