Les coulisses des Grammys : des larmes et un silence de plomb
Lester Cohen/ Getty Images
Carrie Underwood était intimidée. Jennifer Hudson était fascinante. Chris Brown et Rihanna étaient aux abonnés absents, ce qui a presque fait autant de bruit que Coldplay aux percussions.
Voici ce qui s'est passé dans les coulisses de cette 51e cérémonie des Grammy Awards placée sous le signe de l'émotion :
17h20, heure de Los Angeles : Sur scène, les gars de Coldplay tapent si fort sur leurs tambours que bien que je ne sois pas en train d'écouter la cérémonie à la télé, mon moi en coulisses entend distinctement leurs tambours marteler.
- "Je n'en reviens pas de tenir dans mes mains ce précieux objet, habillée avec une robe achetée sur eBay pour 30 $", plaisante la chanteuse de musique hawaïenne, Tia Carrere, en tenant son Grammy.
- En réalité Tia est très sérieuse. Sa longue robe noire sans manches ainsi que ses accessoires lui ont coûté en tout moins de 100 $. Et elle ajoute : "C'est ma manière de réagir à la crise économique."
- Le président Obama préférerait sûrement que Carrere stimule l'économie, mais Tia préfère taquiner son compatriote, lui aussi d'origine hawaïenne. "Il a étudié dans l'école la plus chère de la ville", dit-elle. "Moi, je suis allée dans une école catholique pas très coûteuse."
- Même si la presse qui couvre les Grammys est plus constituée de fans que de critiques acerbes, je mets au défi n'importe quel critique de ne pas admirer Jennifer Hudson. Quand elle a craqué à la fin de sa chanson "You Pulled Me Through", tout le monde a applaudi en coulisses et je suis sûr qu'ailleurs aussi.
- L'histoire du moment est bien sûr l'affaire Chris Brown-Rihanna. Les larmes ont coulé à flots, pendant des heures. Depuis la fille de George Carlin, en passant par Dweezil, le fils de Frank Zappa. Et maintenant Hudson.
- En coulisses, personne ne parle de Brown et Rihanna. On ignore si c'est parce que les gens des Grammys ne veulent pas en parler avec les journalistes, ou si c'est parce qu'ils ignorent que Brown s'est rendu à la police, alors que la cérémonie se déroulait.
John Shearer/Getty Images
- Carrie Underwood, vainqueur avant la cérémonie d'un Grammy pour meilleure chanteuse country, est comme vous et moi, elle se sent toujours mal à l'aise malgré le succès. Comme elle le confesse à propos des rencontres qu'elle a faites ce week-end : "Je voulais rencontrer Prince, mais j'étais tellement intimidée."
- Underwood nous raconte qu'elle a regardé la performance de Jennifer Hudson — elle aussi une ancienne gagnante d'American Idol, la Nouvelle Star version U.S. — sur un écran de télé. L'impact du moment est pourtant bien là. "Je crois que ça lui a fait du bien", dit-elle. "J'espère qu'elle trouvera la paix intérieure."
- 19h : Estelle s'est peut-être offert le scalp de Kanye West, avec qui elle a gagné le Grammy de la meilleure collaboration rap : "Le génie, la folie... C'est la même chose."
- Anthony Hamilton a remporté le Grammy du meilleur chanteur de R'n'B traditionnel avec Al Green, qui a remplacé au pied levé Rihanna. Je demande à Hamilton s'il sait en combien de temps le numéro entre Al Green et Justin Timberlake a été monté. "Je crois que tout était prêt environ une heure et demi avant le pré-show", me dit-il. "Après un "vraiment" de ma part, Hamilton se rétracte et semble suggérer que Green avait déjà répété la veille. "Il savait que ça pouvait arriver" ajoute-t-il.
- Si Green répétait hier soir, lui ou les producteurs des Grammys sont voyants. L'incident qui selon la police implique Chris Brown et Rihanna, dans le rôle de la victime selon une source d'E! News, aurait eu lieu très tôt ce dimanche.
- Sur scène, Duke Fakir s'est déchaîné avec Jamie Fox, Ne-Yo et Smokey Robinson. Mais le seul survivant des Four Tops n'en oublie pas pour autant ses camarades disparus. "C'était sympa, ce soir, mais rien ne vaut l'original", déclare Fakir.
AP Photo/Mark J. Terrill
20h30 : Ne-Yo est repéré par des journalistes passant devant la salle de conférences. "Ne-Yo! Ne-Yo!" Rien n'y fait.
- La salle où se déroule la conférence de presse est plutôt clairsemée. Il y a anormalement peu de monde ce soir, ce qui explique peut-être pourquoi Ne-Yo ne s'est pas arrêté.
- L'affaire Chris Brown-Rihanna éloignerait-elle les stars des micros ? Difficile à dire. On me dit que Ne-Yo n'était même pas au courant de l'arrestation de Brown pour violence conjugale présumée, jusqu'à ce qu'un journaliste people ne lui en parle pendant une interview.
- Jennifer Hudson a-t-elle déjà suffisamment d'émotions à gérer pour ne pas vouloir répondre à des questions en conférence de presse ? On dirait que oui, et on la comprend. Elle esquive la dite conférence.
- Alison Krauss et Robert Plant, les grands vainqueurs de la soirée, sont les premiers récipiendaires d'un Grammy à venir nous voir depuis plus d'une heure. Aucun des deux n'est connu pour être un ami intime de Brown ou de Rihanna, donc ils en profitent pour nous expliquer "à la Plant" comment une légende du rock finit par faire un duo avec la reine du blugrass : "Je me suis perdu à Nashville en rentrant à Londres."
- Neil Portnow, à ne pas confondre avec Ne-Yo, dirige l'Académie des Grammys, c'est donc son job de répondre aux questions des journalistes. Et c'est ce qu'il fait. Je lui demande quand il a appris que ni Brown ni Rihanna, qui devaient tous deux chanter, ne viendraient. "La nouvelle est arrivée assez tard dans l'après-midi, environ 14 h", dit-il. L'émission a commencé environ trois heures plus tard, vers 17 heures, heure de Los Angeles.
- Portnow répète une déclaration dans laquelle Rihanna annonçait qu'elle ne "pouvait pas" venir. Il ne dit pas ce que Chris Brown a déclaré, changeant totalement de sujet, avant d'être enlevé par un autre journaliste.
- Revenons-en à Rihanna et Brown : "Les musiciens sont comme tout le monde. Je ne juge pas," ajoute Portnow. "Je suis désolé qu'ils n'aient pas pu se produire sur scène."
- Dans un premier temps, Portnow a essayé d'enchaîner en évoquant les aléas du direct. Mais l'affaire Brown-Rihanna a créé deux trous dans la programmation, et je lui demande s'il a déjà eu affaire à ce genre de situations de dernière minute dans sa carrière. "Dans ma carrière", reconnaît-il, "je n'ai jamais vécu une situation où deux déprogrammations aussi importantes ont eu lieu en même temps." Au bout du compte, Portnow n'a pu que remplacer l'ouverture de la cérémonie qui était initialement prévue pour Rihanna ; la partie de Brown a tout simplement été tronquée.
- Après une très longue soirée, Portnow est calme, serein, et rebondit. Il nous dit que ce qui compte c'est ce qui s'est passé sur scène et non pas en coulisses. "J'espère que c'est ça l'histoire, et que la cérémonie ne devrait pas être éclipsée par cette affaire." Il a le droit de rêver.