TIME a choisi les "briseurs de silence" comme "Personnalité de l'année".

Les présentatrices américaines Savannah Guthrie et Hoda Kotb de Today ont annoncé la nouvelle mercredi. Le groupe succède à Donald Trump, qui a reçu cet honneur l'an dernier après avoir gagné l'élection présidentielle américaine. "Trump a prétendu le mois dernier avoir décliné l'offre du magazine qui avait "probablement" l'intention de lui offrir à nouveau la récompense cette année", a expliqué un porte-parole du Time en référence à un tweet du président.

Trump arrive deuxième de ce classement et le président chinois, Xi Jinping, troisième. Ashley Judd, qui a révélé le harcèlement sexuel dont elle aurait été victime des mains d'Harvey Weinstein, apparaît en couverture du magazine aux côtés de Taylor Swift, qui a eu gain de cause dans son procès contre un DJ de radio qui l'avait caressée contre son gré.

"J'ai commencé à parler d'Harvey à la minute où ça s'est passé", explique Ashley Judd. "Je suis littéralement sortie de la chambre de l'hôtel Peninsula en 1997 et je suis tout de suite descendue dans le hall, où mon père m'attendait, lui qui était venu du Kentucky à Los Angeles pour me rendre visite sur le tournage", précise l'actrice. "Et il a su en voyant mon visage, pour reprendre son expression, que quelque chose de terrible venait de m'arriver. Je lui ai raconté. Je l'ai raconté à tout le monde." Weinstein, qui a été licencié depuis, a déclaré "n'avoir jamais posé la main" sur Ashley Judd et nie tout rapport sexuel non consensuel avec ses autres accusatrices.

Le comportement de Weinstein était un secret de Polichinelle à Hollywood, avance la star, mais qu'on retrouve aussi dans d'autres milieux. Ce n'est qu'après le témoignage de l'actrice et d'autres femmes dans le New York Times que Weinstein a finalement dû s'expliquer. Quand on demande à Ashley Judd pourquoi les accusatrices de Weinstein sont restées muettes aussi longtemps, elle répond : "Étions-nous censées appeler un procureur général omnipotent de cinéma ?" À l'époque, ajoute l'actrice de Frida : "Il n'y avait pas d'endroits pour nous où faire part de ces expériences."

D'autres célébrités se sont fait entendre comme Selma Blair, Terry Crews, Megyn Kelly et Rose McGowan. Alyssa Milano, qui a créé le buzz avec le mouvement #MeToo, est également apparue dans l'émission Today.

Taylor Swift explique qu'on lui a fait comprendre qu'elle devrait se sentir mal en raison des conséquences que risquait David Mueller. Après l'avoir accusé d'avoir mis la main sous sa jupe et d'avoir attrapé son postérieur durant leur rencontre, Mueller a été licencié. En réponse, il a demandé des millions de dommages et intérêts à la chanteuse. La star a alors contre-attaqué et demandé un dollar symbolique de réparations. Et elle a gagné. "Je me suis dit que s'il avait le toupet de m'agresser en prenant autant de risques, j'ai imaginé ce qu'il aurait pu faire à une jeune artiste vulnérable, s'il en avait eu la possibilité", précise Taylor Swift. Alors quand le moment de témoigner est arrivé en août, elle s'est souvenue de son attitude : "J'avais déjà dû voir l'avocat de cet homme brutaliser, harceler et tourmenter mon équipe, y compris ma mère. J'étais en colère."

Time, Person of the Year

TIME

L'interprète de "...Ready for It?" s'est sentie pousser des ailes à la barre. "À ce moment-là, j'ai décidé de mettre de côté toutes les formalités judiciaires et de répondre aux questions exactement comme ça s'était passé. Cet homme n'avait pris aucun gant quand il m'a agressée, alors pourquoi devrais-je être polie ?", ajoute Taylor Swift.

Les briseurs de silence dans le TIME n'ont d'ailleurs pas l'intention de disparaître sans bruit.

"On n'a plus le temps", avance Rose McGowan. "Je n'ai plus le temps d'être gentille."

L'actrice, qui accuse Weinstein de l'avoir violée (ce qu'il nie), est encouragée par ceux qui utilisent leurs voix pour dénoncer les agresseurs et donner de l'espoir aux victimes. "Le nombre de gens qui me racontent leur histoire est énorme, surtout quand on sait combien c'est aussi difficile pour moi. Les gens oublient souvent que ce sont des histoires humaines, que quelqu'un derrière est profondément blessé. Mais ce n'est pas grave", précise-t-elle au magazine. "Ça me donne encore plus d'énergie. Ils ont choisi la mauvaise victime."

Parmi les Personnalités de l'année de TIME, on retrouve Angela Merkel (en 2015), les gens qui luttent contre le virus Ebola (en 2014), le pape François (en 2013), Barack Obama (en 2012), le manifestant (en 2011) ou encore Mark Zuckerberg (en 2010).

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