Harvey Weinstein est considéré comme un monstre par le monde entier, mais c'est un monstre qui savait comment se faire des amis et en tirer profit. 

Le nouvel exposé choquant du New York Times, publié mardi soir, dévoile les gens qui ont tenté de dissimuler ou aider ses actions, d'autres qui ont tenté d'extraire la vérité et ceux qui se sont contentés de ne rien voir. 

L'article est une liste interminable de quasiment tous les gens de pouvoir qui ont aidé Weinstein à manipuler et contrôler son image publique (et, surtout, à camoufler les parties peu flatteuses). Selon le New York Times, leurs actions (ou inactions) lui ont permis d'abuser de femmes pendant des décennies.

Les drames, mauvaises conduites et méfaits racontés dans l'article du New York Times suffisent à remplir cinq films. 

"M. Weinstein n'a jamais commis de viol, et il est mal et irresponsable d'amalgamer des allégations de comportement maladroit ou de contact sexuel consensuel ensuite regretté avec une fausse allégation de conduite criminelle", ont dit les avocats du producteur, Blair Berk et Ben Brafman, à E! News dans une déclaration mercredi. "Il y a un énorme fossé entre de simples allégations et la vérité, et nous savons que tout calcul clair des faits prouvera qu'aucun méfait illégal n'a eu lieu. Cependant, à ceux qui ont été offensés par le comportement de M. Weinstein, il présente ses profondes excuses." 

Voilà certaines des révélations choquantes du journal sur le producteur déchu et la "machine de complicité"... 

1. Il a essayé d'empêcher l'article du New York Times d'être publié : l'article déclare que quelques minutes avant que le New York Times ne publie les premières allégations dévastatrices sur Weinstein en octobre, le producteur de 65 ans a appelé les journalistes qui les ont écrites pour les supplier de ne pas les publier. 

L'article dit que Weinstein les a avertis : "Je suis un homme plein de ressources."

2. Tous les agents n'ont pas protégé leurs clientes : l'actrice Mia Kirshner, dont les grands-parents ont survécu au ghetto de Lodz en Pologne, dit que quand elle avait 19 ans, elle est venue à New York et que ses agents à la CAA ont organisé un rendez-vous avec Weinstein à son hôtel pour parler d'un rôle dans un film sur la révolte du ghetto de Varsovie. 

"On pensait que c'était un joli coup", a-t-elle dit. Puis elle a affirmé que le producteur voulait échanger des rapports sexuels contre une opportunité de carrière, mais elle l'a rejeté. 

Elle a dit l'avoir dit à son agent principal, Lisa Grode, son manager, John Carrabino, et son boss, Sandy Gallin. Elle a dit que Gallin était furieux et qu'il voulait qu'elle revoie le producteur, mais cette fois avec un micro, mais son manager et son agent n'ont pas trouvé que c'était une bonne idée. 

"On m'a dit d'oublier ça. Il était inutile de faire quoi que ce soit", a dit Kirshner. 

"Tout se résumait à l'argent", a-t-elle dit. "C'est pour ça qu'il était protégé, plutôt que les acteurs." 

Le journal a dit que Grode et Carrabino avaient refusé tout commentaire ; Gallin est décédé. 

La CAA a dit dans une déclaration qu'ils voulaient s'excuser auprès de "quiconque que l'agence aurait déçu en ne satisfaisant pas les attentes que nous nous imposons à nous-mêmes".

Ronan Farrow

Dimitrios Kambouris/Getty Images for The New Yorker

3. Weinstein a essayé de rencontrer Ronan Farrow : le journal dit qu'en septembre, Weinstein a débarqué dans le bureau de Bryan Lourd, coprésident de la CAA, pour se plaindre d'un article du New Yorker dans lequel leur client Ronan Farrow avait écrit sur son comportement. 

Plus tard ce mois-là, Lourd a apparemment tenté d'organiser une réunion à la demande du producteur, mais Lourd a écrit à Weinstein un e-mail qui disait : "Ce type ne veut pas de rencontre. Il a dit qu'il vous appellerait bientôt. Je crois qu'il va continuer avec l'article." 

Et c'est exactement ce qui s'est passé...

Gwyneth Paltrow, Harvey Weinstein

BEI/REX/Stephen Lovekin/Getty Images

4. Weinstein a dit à d'autres femmes qu'il avait couché avec Gwyneth Paltrow pour les convaincre de coucher avec lui : il y a plus de 20 ans, Paltrow aurait dit à son agent Rick Kurtzman à la CAA que Weinstein lui avait fait des avances dans une chambre d'hôtel, mais qu'elle l'avait rejeté. 

Dans la nouvelle interview, elle dit que quand elle a dit à Kurtzman ce qui s'était passé, il avait eu "l'air incrédule" et avait exprimé du dégoût, mais qu'il n'avait pas suggéré de parler de l'incident avec les cadres haut placés de l'agence. Kurtzman a refusé de commenter. 

Mais The Times dit que, sans qu'elle ne le sache, Weinstein a dit à d'autres femmes qu'elle ne l'avait pas rejeté. Paltrow dit maintenant que d'autres femmes lui ont dit qu'il avait essayé de les forcer à avoir des rapports sexuels avec lui en se vantant d'avoir couché avec l'actrice de Shakespeare in Love, et en leur disant que coucher avec lui était "ce que tu peux faire de mieux pour ta carrière". 

Paltrow dit que des femmes l'ont contactée ces dernières semaines en disant que Weinstein avait utilisé son nom à plusieurs occasions.

Elle a dit que les conversations avec les victimes avaient été bouleversantes. Dans l'interview, Paltrow a dit : "Il n'est pas le premier à mentir sur le fait de coucher avec quelqu'un, mais il a utilisé le mensonge comme une arme d'agression." 

Harvey Weinstein, Georgina Chapman

Ian Gavan/Getty Images

5. Il a demandé à des journalistes de lui donner des informations : AJ Benza, ancien chroniqueur du New York Daily News, a expliqué que fin 2003 ou début 2004, il a dîné avec Weinstein pour parler de comment le sortir d'une embrouille potentiellement embarrassante. 

Benza dit qu'alors que Weinstein était marié à sa première femme, il a commencé une liaison avec Georgina Chapman. Le producteur voulait que la liaison reste confidentielle jusqu'à ce que son divorce soit finalisé, et le journaliste a dit que le producteur et lui avaient concocté un plan. Benza se souvient avoir dit à Weinstein : "Je peux fournir à vos filles des relations publiques beaucoup de ragots — beaucoup d'histoires — et si les gens les contactent avec « Harvey a une liaison », elles pourront négocier." 

"Il a dit : « AJ, il faut que ce soit de bonnes histoires » et j'ai dit : « Ne vous inquiétez pas de ça. »" 

Benza a dit qu'il avait ensuite reçu une somme mensuelle.

La porte-parole de Weinstein, Sallie Hofmeister, a dit au Times que les paiements mensuels à Benza étaient pour du travail de relations publiques pendant la querelle de Miramax avec Disney. 

6. Weinstein a passé un marché avec American Media : la société affirme que la vérité a commencé à ressortir en 2015 après que la police de New York a questionné Weinstein, qui aurait peloté un mannequin italien, Ambra Battilana

L'équipe légale de Weinstein aurait tout fait pour nuire au mannequin au même moment où le producteur a passé un accord pour un talk-show avec American Media et Dylan Howard, le rédacteur de l'Enquirer et responsable du contenu de la société. 

Apparemment, American Media s'est servi d'une stratégie connue dans les tabloïdes comme "attraper et tuer", ce qui veut dire acquérir les droits exclusifs d'histoires négatives, puis choisir de ne pas les publier. 

Dans l'affaire de Battilana, la société a tenté d'acheter son histoire, mais elle ne s'est jamais vendue. American Media dit que c'était parce que le prix de Battilana était trop élevé. Mais le porte-parole du mannequin a dit qu'elle n'avait "jamais cherché ou demandé d'offres". 

Le Times dit avoir vu des documents montrant que le mannequin avait rejeté des tentatives d'être payée pour son histoire. 

Le ministère public n'a pas poursuivi les chefs d'inculpation contre Weinstein à cause de "preuves insuffisantes". 

L'histoire n'est apparue dans aucune des publications d'American Media. 

Selon le New York Times, American Media Inc. (AMI) a admis avoir réuni des informations pour aider Weinstein à cause d'intérêts d'affaires mutuels. 

"Dans la mesure où AMI a fourni des informations « officieuses » à M. Weinstein au sujet de ses accusatrices", a dit la société dans une déclaration, disant qu'ils lui avaient donné des informations "à une époque où M. Weinstein niait tout harcèlement". 

La déclaration a aussi dit que Howard n'aurait pas publié l'information. 

Lena Dunham

Astrid Stawiarz/Getty Images

7. Lena Dunham a essayé de prévenir les gens au sujet de Weinstein : le producteur se vantait d'avoir des amis puissants à Hollywood, mais aussi en politique, comme les Obama et Hillary Clinton

Dunham a dit au New York Times qu'en 2016, elle était inquiète de la visibilité du producteur pendant la campagne présidentielle de Clinton : Weinstein organisait des collectes de fonds et apparaissait dans des évènements de campagne. Elle avait entendu des histoires directement et indirectement d'autres femmes, sur des incidents dérangeants avec le producteur, donc elle a décidé de prévenir les membres de la campagne. 

"Je veux juste vous faire savoir qu'Harvey est un violeur, et ça doit bien sortir à un moment donné", a dit Dunham à Kristina Schake, la directrice adjointe de communication de la campagne. Elle dit avoir aussi expliqué : "Je pense que c'est une mauvaise idée qu'il organise des collectes de fonds et qu'il soit impliqué, car c'est un secret de Polichinelle à Hollywood qu'il a un problème d'agression sexuelle." 

La star de Girls a dit que Schake avait été surprise par ses mots et avait dit qu'elle préviendrait Robby Mook, le directeur de campagne de Clinton. 

Dunham a dit qu'elle avait aussi averti Adrienne Elrod, une porte-parole de Clinton qui travaillait avec des supporters célèbres. Dunham a dit qu'elle ne pensait pas qu'ils aient fait quoi que ce soit de ses avertissements, puisque quelques semaines avant les élections, le producteur a aidé à organiser une collecte de fonds avec une pléiade de stars à Broadway, avec Julia Roberts, Anne Hathaway et d'autres. 

Quand elles ont été contactées par le New York Times, Elrod et Schake, par le biais du directeur de communication de Clinton, ont nié que Dunham avait parlé de viol. Mook a nié avoir été alerté au sujet du producteur.

Précédemment, Weinstein a reconnu avoir "causé beaucoup de souffrance", mais il a nié avoir eu des relations sexuelles non consensuelles.

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