"Nous avons Emmé !"

C'est ainsi que Stephen Colbert a conclu la cérémonie des Emmy Awards 2017, et c'est ce qui s'est passé. Qui plus est, à l'heure !

La plus grande soirée de la télé aux États-Unis et la plus glamour est derrière nous, ouvrant la voie au cinéma et à la "saison des récompenses". Mais on ne sait pas si les nominés de la soirée, les vainqueurs, le choix du maître de cérémonie, ou ce qui s'est passé une fois que les stars ont fini d'arpenter le tapis rouge dans leurs plus belles tenues, auront rendu hommage comme il se doit au monde très disparate de la télévision, mais une chose est sûre : de bonnes séries et d'incroyables performances ont été honorées dimanche soir.

On a eu droit à des blagues, à de grands moments et à des stars dont le calibre continue à montrer combien la télé est le média qui offre les meilleurs rôles, les histoires les plus captivantes et le meilleur reflet de la société. Et sur ce qui pourrait arriver si on n'y prend pas garde.

Voici ce qui nous a marqués dans le monde des Emmys :

Bruce Miller, The Handmaid's Tale, 2017 Emmy Awards, Winners

Phil McCarten/Invision for the Television Academy/AP Images

1. Femmes, je vous aime : "Big Little Women", "Le triomphe de la servante écarlate", derrière tous les jeux de mots possibles se cachent des histoires de femmes qui se sont réunies derrière des femmes écrivains afin que celles-ci arrivent sur nos écrans. Voilà ce qui est apparu dimanche soir.

The Handmaid's Tale : la servante écarlate a été nommée Meilleure série dramatique et a enfin offert à Elisabeth Moss, sept fois nominée avant ça, le prix de la Meilleure actrice dans une série dramatique et un autre prix comme productrice de la série sur Hulu. (Hulu a rapidement souligné que c'est la première fois qu'un service de streaming remporte le trophée de Meilleure série dramatique, autrement dit, c'est raté, Amazon et Netflix). En tout, le drame dystopien basé sur le célèbre roman de Margaret Atwood de 1985, dont la présence nous a enthousiasmés quand elle est apparue à la fin de la soirée, a remporté huit statuettes. Bruce Miller, le créateur et producteur exécutif, a également gagné un prix pour le scénario en plus de la victoire de la série, Ann Dowd a remporté l'Emmy de la Meilleure actrice dans un second rôle et Reed Morano a gagné celui de Meilleur réalisateur. Alexis Bledel avait déjà gagné le prix de la Meilleure actrice invitée lors des Creative Arts Emmys la semaine dernière.

Nicole Kridman, Reese Witherspoon, Big Little Lies, 2017 Emmy Awards, Winners

Phil McCarten/Invision for the Television Academy/AP Images

Pendant ce temps, Big Little Lies produit par David E. Kelley a été le grand vainqueur pour HBO, décrochant le prix de la Meilleure minisérie pour le drame très stylisé basé sur le roman de Liane Moriarty. La série autour de vieux secrets entre les résidents d'une enclave parfaite en apparence sur la côte californienne a décroché pas moins de six prix : Nicole Kidman, qui a également produit la série aux côtés de Reese Witherspoon, a gagné l'Emmy de la Meilleure actrice dans une minisérie ou un téléfilm pour son interprétation incroyablement complexe d'une victime de violence conjugale qui semble avoir la belle vie en apparence ; Alexander Skarsgårda reçu l'Emmy du Meilleur acteur dans un second rôle pour son interprétation de l'horrible mari ; Laura Dern celui de la Meilleure actrice dans un second rôle pour son interprétation nuancée d'une cadre ultra-dynamique qui sait que les gens la voient d'un mauvais œil pour son côté requin et fière de l'être ; Jean-Marc Vallée a remporté le prix de la Meilleure réalisation et le directeur de casting David Rubin a reçu une statuette bien méritée le week-end dernier.

"C'est une incroyable année pour les femmes, si j'ose dire", a déclaré Reese Witherspoon à la fin de la soirée. "Faites en sorte que les femmes racontent leurs propres histoires." "Plus de grands rôles pour les femmes, s'il vous plaît", a ajouté Nicole Kidman.

Après que Laura Dern, Nicole Kidman, Reese Witherspoon, Shailene Woodley et Zoë Kravitz ont remis le premier prix de la soirée ensemble, Stephen Colbert a dit en plaisantant : "En fait, elles sont amies, et ça se voit, car elles n'ont pas essayé de se pousser dans l'escalier.

"Très drôle. Mais peu importe les stéréotypes (une autre année, Feud aurait remporté la catégorie), les femmes reprennent le pouvoir, et ce, avec élégance.

Sterling K. Brown, 2017 Emmys

Kevin Winter/Getty Images

2. L'or pour Sterling : si le roi de la famille Pearson ne pouvait gagner, alors les fans de This Is Us étaient tout aussi contents de voir le prix attribué au prince héritier. Ne pouvant être ex-aequo, Milo Ventimiglia ou Sterling K. Brown devait perdre, les deux hommes ayant été nominés dans la catégorie Meilleur acteur dans une série dramatique.

Quoi qu'il en soit, Sterling a gagné, ce qui était déjà le cas l'an dernier quand il a gagné l'Emmy du Meilleur acteur dans un rôle secondaire pour une minisérie ou un téléfilm pour American Crime Story. Le voir gagner était comme regarder un épisode de This Is Us, à savoir qu'il y a eu des larmes, des rires et plein de drôles de choses adorables. Hormis le fait qu'on ne savait pas que c'était ce qu'on ressentait l'an dernier parce que les Emmy Awards 2016 ont eu lieu deux jours avant le début de This Is Us, qui a changé notre perspective sur les séries familiales dramatiques pour toujours.

Et sachez que le saison 2 recommence dès le 26 septembre aux États-Unis, dans huit jours. On ne pleure pas. C'est vous qui pleurez.

  

Julia Louis-Dreyfus, 2017 Emmys

Chris Pizzello/Invision/AP

3. La dynastie Meyer : Julia Louis-Dreyfus est inarrêtable. Ni par Lily Tomlin, ni par Pamela Adlon, ni par Tracee Ellis Ross, ni par qui que ce soit ! Vous vous croyez où ? Aux Golden Globes ?

Après avoir été nominée Meilleure actrice d'une série comique six années de suite pour Veep, Julia Louis-Dreyfus détient désormais le record d'Emmys pour le même rôle dans une série. Elle en a désormais huit, dont quelques-uns avec Old Christine et Seinfeld.

Avec de telles statistiques pourquoi Selina Meyer ne voudrait pas se représenter ?

The Handmaid's Tale, Alexis Bledel

Hulu

4. L'art reflète les conflits : le renouveau de Saturday Night Live, qui était à égalité avec la série sur les robots face à des humains, face à la simulation de la réalité du drame Westworld avec pas moins de 22 nominations cette année, n'est pas un feu de paille. Pas plus que les victoires, d'Alec Baldwin, Kate McKinnonMelissa McCarthy et Dave Chappelle. Au contraire, les téléspectateurs ont sauté sur ces imitations hebdomadaires de SNL comme un bébé cherchant à téter sa mère et n'ont pas lâché de toute la saison. L'audimat a grimpé, tout comme l'état d'esprit des gens après avoir regardé les événements qui se passent à Washington.

Mais les téléspectateurs ne cherchaient pas seulement à rire, même si la troisième victoire consécutive de Veep dans la catégorie Meilleure série comique a prouvé qu'on continue d'avoir envie de rire des inanités de la politique. Les séries qui ont su retranscrire nos plus grandes peurs, dévoilant une vie sous la dictature, ont également très bien fonctionné auprès des critiques et de l'Academy. La servante écarlate, écrit en 1985, a effrayé ses lecteurs et fait peur désormais aux téléspectateurs plus que jamais en 2017, avec son mode de vie pas si éloigné que ça du nôtre dans lequel les femmes sont privées de libertés et transformées en esclaves pour la reproduction si elles sont fertiles.

"J'ai entendu que 2017 était comme être prisonnier d'un long épisode sans fin de Black Mirror", a déclaré le scénariste-producteur Charlie Brooker, en recevant son prix de Meilleur téléfilm pour sa série britannique de science-fiction, qui met en scène un scénario familier et horrible après l'autre dans un monde qui pourrait être le nôtre prochainement. "Mais j'aime à penser que si j'avais écrit [2017], je n'aurais pas aussi bien deviné les nazis et la haine. [L'épisode] « San Junipero » était une histoire d'amour et sur l'amour qui triomphe de la haine. L'amour vaincra mais risque d'avoir besoin d'aide."

"Peut-être que si tous les beaux spécimens dans la salle pouvaient commencer à faire l'amour entre eux, ou avec eux-mêmes, à trois, ce monde serait meilleur. Trois, deux, un, partez."

Ça aurait été une belle fin... Bon, oubliez.

Stephen Colbert, 2017 Emmy Awards

Trae Patton/CBS

5. Stephen Colbert ne s'est pas retenu : on ne s'attendait pas à ce qu'il ne prononce pas le nom de Donald Trump, mais... il n'y est pas allé de main morte. Quand il a commencé à parler de "la plus grande star de la télé de l'année dernière" (c'est assez vrai), son discours aux Emmy Awards ressemblait énormément au discours dans son talk-show, le Late Show. Autrement dit, il ne s'est pas inquiété de savoir si ce genre d'humour allait plaire à quelque 65 millions de téléspectateurs qui ne regardaient probablement pas les Emmy Awards après avoir appris que Stephen Colbert allait officier. Le public dans la salle ne semblait pas importuner le moins du monde.

Mais pour mettre en lumière la situation, Stephen Colbert a enrôlé Sean Spicer, l'ancien porte-parole de la Maison-Blanche, pour prouver à qui en aurait douté qu'il s'agissait du plus large public des Emmys de tous les temps. Ajoutez à cela, les petites piques à l'attention d'Hollywood, et on nous avait rappelé que malgré l'air élogieux dans la salle, il fallait avant tout ne pas se prendre au sérieux.

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