Debbie Reynolds

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À son époque, Debbie Reynolds a tout fait. Et son époque a duré des décennies.

L'actrice, qui est devenue un trésor national en étant la star d'un des films les plus adorés de tous les temps, et qui a profité d'une carrière de presque 70 ans au cinéma, à la télé et au théâtre, est décédée. Elle avait 84 ans. En confirmant son décès, son fils Todd Fisher a dit à E! News : "Elle est partie rejoindre Carrie. D'ailleurs, ce sont ses dernières paroles prononcées ce matin."

Reynolds a été hospitalisée mercredi après-midi après avoir souffert d'une attaque à sa maison de Beverly Hills, à peine un jour après que sa fille Carrie Fisher est décédée à l'âge de 60 ans suite à une crise cardiaque.

Reynolds avait parlé du décès de Fisher, remerciant ses fans et ceux de sa fille de leur soutien touchant, mais l'artiste de légende avait passé l'an dernier loin du feu des projecteurs, ce qui a déclenché des inquiétudes pour sa santé.

Elle n'a pas été aux Governors' Awards en novembre dernier quand elle a reçu le prix humanitaire Jean Hersholt pour son travail philantropique et son soutien pour les causes de santé mentale. Sa petite-fille Billie Lourd, la fille de Carrie Fisher, a accepté le prix en son honneur.

 Billie Lourd, Carrie Fisher, Debbie Reynolds

Kevin Mazur/WireImage

"Je suis bouleversée de ne pouvoir être là en personne pour recevoir cet honneur extraordinaire que vous m'avez décerné pour que vous voyiez combien vous m'avez rendue heureuse", a dit Reynolds, qui se remettait d'une opération à l'époque, en envoyant ses excuses. "Si la joie pouvait être pesée, ce serait le réjouissement le plus énorme que quiconque puisse ressentir, surtout si ce quiconque était moi."

Fisher avait remis à Reynolds le prix des Screen Actors Guild pour l'ensemble de sa carrière quelques mois avant aux SAG Awards 2015, mère et fille échangeant des petites plaisanteries faisant référence à leur relation houleuse mais proche.

Debbie Reynolds, Carrie Fisher, SAG Awards, Winner

Kevork Djansezian/Getty Images

Comme dédicace dans ses mémoires de 2016, The Princess Diarist, Fisher avait écrit : "Pour ma mère, qui a été trop têtue et attentionnée pour mourir. Je t'aime, mais toute cette histoire d'urgence et de frôler la mort, ce n'était pas drôle. Ne pense même pas à refaire ça sous quelque forme que ce soit."

Les feux des projecteurs étaient braqués sur Reynolds toutes ces années pour une bonne raison. Elle était surtout connue pour avoir chanté et dansé avec Gene Kelly (et toute l'Amérique) dans le rôle de Kathy Selden dans Chantons sous la pluie en 1952, l'une des comédies musicales les plus célèbres de tous les temps et n° 5 sur la liste de l'American Film Institute des meilleurs film jamais faits.

"C'est générationnel", avait dit Reynolds en parlant du film dans une interview avec AFI. "Je crois qu'il parle aux jeunes gens. Ils l'aiment, car il y a de la vie et l'histoire est si simple. Un garçon rencontre une fille, sauf que c'est une star de cinéma qui rencontre une débutante. En fait, le personnage me ressemblait beaucoup, à moi, Debbie. À l'époque, j'avais 17 ans, une jeune fille qui voulait être danseuse et travailler dans le showbiz."

Debbie Reynolds, Gene Kelly, Singin' in the Rain

MGM

Née Mary Frances Reynolds à El Paso dans le Texas, la famille de Reynolds s'est installée en Californie quand elle avait 7 ans, et la star a été découverte à 16 ans quand elle a gagné le concours de beauté Miss Burbank en 1948. Cela a mené à un contrat avec un studio, elle a pris le nom Debbie, et elle a décroché son premier film au grand écran dans les années 50 dans The Daughter of Rosie O'Grady. Chantons sous la pluie deux ans plus tard a été son premier film en premier rôle féminin (à savoir l'objet affectif du 1er rôle masculin, comme c'était souvent le cas à cette époque-là.)

En tournant le film avec Kelly, elle a été formée à la danse par l'autre superstar de la danse de l'époque, Fred Astaire, qui travaillait sur le plateau d'à côté.

Debbie Reynolds, Singing In The Rain

Metro Goldwyn Mayer

"J'ai eu de la chance qu'ils me mettent dans un rôle qui m'allait bien", s'est souvenu Reynolds. "Je n'avais pas besoin d'être une actrice formée… À 17 ans, j'étais une nouvelle au cinéma, donc je n'avais aucune formation. Mais quand le rôle nous convient, on n'a pas peur — et je n'avais pas peur — j'étais tellement bête que j'ignorais que je pouvais échouer. J'ai trouvé que c'était tout moi, et je suis allée droit devant, et je n'avais pas peur devant l'énorme tâche. Je n'avais jamais dansé ! »

On pourrait regarder ses scènes parfaites avec Kelly et Donald O'Connor un million de fois et ne jamais penser une seconde que Reynolds n'avait jamais dansé de sa vie. Elle était connue comme une "triple menace" après ça.

Debbie Reynolds, Singing In The Rain

Metro Goldwyn Mayer

  

Son autodérision plutôt joyeuse était caractéristique de sa personnalité, et cela s'étendait à sa vie privée. Il y a quelques années, elle s'est comparée en plaisantant à Jennifer Aniston, quand elle s'est souvenue être la femme bafouée quand son premier mari, Eddie Fisher, l'a quittée pour se marier avec Elizabeth Taylor, qui était veuve depuis peu, en 1959.

Mais des années après les faits, Reynolds ne s'est pas retenue en parlant du sujet. Sa franchise sur l'amour, la perte et le regard du public ressemblait au type de discours sans retenue et honnête pour lequel Carrie était aussi célèbre.

"J'étais la dernière à être au courant de la liaison", avait dit Reynolds au Daily Mail en 2010. Il y avait eu des insinuations dans les journaux, et j'avais remarqué que quand j'arrivais seule à des réceptions ou soirées, mes amis chuchotaient.

Debbie Reynolds, Eddie Fisher, Elizabeth Taylor

Hulton Archive/Getty Images

"Je ne voulais pas connaître la vérité, mais je devais y faire face. C'était quand même un sacré choc de les voir ensemble. Ça m'a brisé le cœur."

De plus, "j'étais vierge quand j'ai épousé Eddie, mais Elizabeth avait été mariée trois fois… J'étais très religieuse, donc je ne croyais pas au divorce, mais ils m'ont fait culpabiliser d'empêcher leur grand amour. Alors j'ai finalement laissé Eddie partir. Je lui ai dit de partir".

Taylor divorcerait bientôt d'avec Fisher après avoir rencontré Richard Burton sur le plateau de Cléopâtre, et Reynolds et Taylor sont redevenues amies peu de temps après ça.

Reynolds s'est mariée deux fois de plus, à Harry Karl et Richard Hamlett, et elle a qualifié ses trois mariages d'"épouvantables".

Mais elle a tiré une grande fierté de sa carrière de plusieurs décennies, qui comprenait Chantons sous la pluie, et des rôles importants dans The Affairs of Dobie Gillis, Le Tendre piège, Tammy and the Bachelor, La Reine du Colorado, pour lequel elle a reçu sa seule nomination aux Oscars pour le rôle de la Meilleure actrice, et Divorce American Style.

Elle a commencé à monter sur scène à Las Vegas, qui deviendrait son deuxième foyer en tant qu'artiste durant les années 60 et, avec Shirley MacLaine, elle devint l'un des rares membres féminins honoraires du Rat Pack.

Eddie Fisher, Debbie Reynolds, Carrie Fisher

Hulton Archive/Getty Images

"J'adorais faire la fête avec le Rat Pack, ils étaient vraiment super", avait-elle dit au Telegraph en 2010, alors qu'elle faisait une tournée de 15 concerts en Angleterre à l'âge de 77ans. "Ils n'ont fait que s'amuser. On sortait du travail à 2 h du matin et on traînait en boîte ou dans un club à écouter d'autres artistes. J'adorais Frank Sinatra. S'il vous aimait bien, c'était pour toujours. Et si vous ne lui reveniez pas, il valait mieux l'éviter."

Elle s'est souvenue de Sinatra lui disant de ne pas épouser un chanteur, alors qu'elle était fiancée à Fisher à l'époque. "Mais Eddie était un garçon adorable et à l'époque, je l'aimais beaucoup", a dit Reynolds. "Bien sûr que Frank avait raison."

Elle a eu son propre sitcom, The Debbie Reynolds Show, dans lequel elle joue une femme au foyer qui veut être reporter. Bien qu'elle souhaitait obtenir un succès à la I Love Lucy, elle a quitté la série après juste une saison, car elle n'aimait pas le fait qu'ils vendaient des emplacements publicitaires à des fabricants de cigarettes, sachant elle-même combien les cigarettes créent une dépendance, et combien il est dur de s'arrêter.

Reynolds est restée une présence fréquente à la télé, en apparaissant dans La Croisière s'amuse, Les Craquantes, Perry Mason: The Case of the Musical Murder, Hotel et bien d'autres séries.

Elle a été nominée pour un Tony Award  pour son rôle star du revival de Broadway de 1973, Irene. En 1976, elle était en tête d'affiche d'un spectacle et elle a succédé à Lauren Bacall en Tess Harding dans la comédie musicale adaptée de 1981 issue de la comédie Hepburn-Tracy, Woman of the Year.  

Reynolds est aussi devenue une caricature suite aux romans semi-autobiographiques de Carrie Fisher comme Bons baisers d'Hollywood, qui a été adapté au cinéma avec MacLaine et Meryl Streep tenant les rôles d'une mère et d'une fille actrices alcooliques et ayant une relation orageuse.

Postcards From The Edge, Meryl Streep, Shirley MacLaine

Sony Pictures

"Il y a une réplique dans Bons baisers d'Hollywood où Meryl Streep dit à ma mère : «On est conçues plus pour le public que le privé»", a dit Fisher à Vanity Fair en 2009 après la sortie de ses mémoires, Wishful Drinking, qu'elle a aussi adaptés en one woman show sur Broadway. "Je suis enfin devenue ma mère."

Le mois dernier, dans une interview de Fresh Air sur NPR, Fisher parle de sa mère comme d'une "femme immensément puissante".

Debbie Reynolds, Carrie Fisher, Joely Fisher

Kevork Djansezian/Getty Images

"Peu de femmes de sa génération ont travaillé comme ça, ont continué de gérer une carrière, élevé des enfants, ont eu d'horribles histoires, ont perdu tout leur argent, et l'ont ensuite récupéré."

Le documentaire Bright Lights: Starring Carrie Fisher and Debbie Reynolds a fait sa première au festival de Cannes en mai, et doit sortir sur HBO en mars 2017.

La carrière cinématographique de Reynolds a été plus tard relancée quand elle a joué, aux côtés d'Albert Brooks, une maman poule mais manipulatrice sans le savoir dans le film de 1996, Mother, qui a valu à Reynolds une nomination aux Golden Globes comme Meilleure actrice dans une comédie ou comédie musicale.

"Le plus incroyable chez Debbie, c'était sa façon d'aborder un rôle, à la Stanislavski", a dit Brooks à Psychology Today. "Et elle a fait une chose que j'ai demandée ; elle a arrêté toutes ses prestations en live deux mois avant le film. Je voulais nettoyer cette artiste de Vegas. Sa propre fille a dit : «D'où ça sort ?» Car rien dans sa carrière ne suggère cette prestation. On ne lui avait jamais demandé de faire des moments vrais. Les comédies musicales, ça restait à un certain niveau."

Debbie Reynolds, Mother

Paramount Pictures

En 1997, Reynolds a été honorée avec une étoile sur le Hollywood Walk of Fame.

Et sans aucun doute, l'actrice, qui était une mère si célèbre dans la vie, avait trouvé son truc à jouer les mamans au grand écran.

Reynolds était la mère surprise mais compréhensive de Kevin Kline dans la comédie à succès, In & Out, et elle a reçu une nomination aux Emmy en 2000 pour Meilleure guest-star dans une série comique, pour son rôle de la mère mâcheuse de chewing-gum de Debra Messing dans Will & Grace, un personnage récurrent de la série.

Debbie Reynolds, Will & Grace

Chris Haston/NBC/NBCU Photo Bank via Getty Images

Méconnaissable derrière un nez prosthétique rose, Reynolds a été aussi formidable dans le rôle de la mère âgée de Liberace dans le film biographique de HBO en 2013, Ma vie avec Liberace, avec Michael Douglas dans le rôle du célèbre artiste. Une habituée de Las Vegas, Reynolds connaissait Liberace, qui est mort en 1987, et sa mère, Frances.

Et en 2013, Reynolds a sorti ses mémoires, Unsinkable, le titre étant un clin d'œil à l'un de ses rôles les plus célèbres. Dans le livre, qui raconte sa vie depuis la fin des années 80, elle révèle avoir demandé au réalisateur Mike Nichols d'auditionner pour le rôle de MacLaine dans Bons baisers. Nichols a dit qu'elle ne convenait pas pour le rôle, et elle a répondu : "Pardon ? Je ne conviens pas pour me jouer moi-même, un rôle que j'ai créé – certes sans le vouloir – pour ma fille depuis une décennie ?! »

Debbie Reynolds, Unsinkable Molly Brown

Metro Goldwyn Mayer

En novembre 2014, 54 ans après avoir fait sa première prestation à Las Vegas au Riviera Hotel, Reynolds a fait ses adieux à Vegas avec un spectacle sur un week-end au South Point Casino. Sa fille Carrie, son fils Todd et sa petite-fille Billie l'ont rejointe sur scène, et Reynolds a conclu le spectacle de vaudeville en chantant "Tammy", n°1 aux hits-parades en 1957.

En janvier 2015, on lui a demandé si elle envisageait de ralentir pour de bon après n'avoir eu "aucunes vacances en 66 ans", et elle a assuré qu'il s'agissait d'un break.

"Je ne prendrai jamais ma retraite", avait dit Reynolds au Hollywood Reporter. "Je jouerai toujours. Je suis cabotine, j'adore chanter et danser. Je regarde Turner Classic Movies tous les soirs... que ferai-je sans TCM ?"

Et qu'aurait fait TCM sans des stars comme Debbie Reynolds, qui appartiennent à jamais à l'âge d'or d'Hollywood ?

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